
La fausse arche d’Ebo Noah : quand les faux prophètes instrumentalisent la fin des temps Quand la peur devient un outil de séduction spirituelle
Depuis les premiers siècles de l’Église, la question de la fin des temps n’a cessé de susciter interrogations, espérances… et dérives. Chaque génération chrétienne a vu surgir, à un moment ou à un autre, des voix prétendant détenir une révélation exclusive sur l’Apocalypse, la date du retour du Christ ou l’imminence d’un cataclysme mondial. Si l’Écriture appelle les croyants à la vigilance, elle les exhorte tout autant à la sobriété spirituelle et au discernement.
Ces dernières semaines, une affaire venue du Ghana a relancé ce débat avec force sur le continent africain et bien au-delà. Le nom d’Ebo Noah également connu sous les appellations d’Ebo Jesus ou Prophet Ebo s’est imposé dans l’actualité religieuse et sur les réseaux sociaux, cristallisant à la fois fascination, inquiétude et indignation.
Au cœur de la controverse : une prophétie spectaculaire annonçant la fin du monde par un déluge mondial, prévue initialement pour le 25 décembre 2025, accompagnée d’un projet pour le moins troublant : la construction d’« arches modernes » destinées à sauver une poignée d’« élus ».
Derrière cette mise en scène apocalyptique se pose une question essentielle pour l’Église contemporaine : comment distinguer la foi authentique de la manipulation religieuse ?
Une ascension fulgurante à l’ère des réseaux sociaux
Ebo Noah n’est pas le premier prédicateur à se proclamer dépositaire d’une révélation divine. Toutefois, ce qui frappe dans son cas, c’est la rapidité avec laquelle son message s’est diffusé. En quelques semaines seulement, ses vidéos ont envahi TikTok, Instagram, Facebook et YouTube, cumulant des centaines de milliers de vues et de partages.
Dans ces contenus viraux, le prédicateur ghanéen affirme avoir reçu directement de Dieu une vision annonçant un déluge mondial, comparable à celui vécu à l’époque de Noé, mais d’une ampleur encore plus grande. Selon lui, cette catastrophe devait marquer la fin d’un cycle de l’humanité corrompue et ouvrir une nouvelle ère réservée aux justes.
Son discours, souvent emphatique et chargé d’images bibliques, joue sur plusieurs registres puissants :
- la peur d’un jugement imminent,
- le sentiment d’être parmi les rares élus,
- la promesse d’un salut concret et visible.
Dans un contexte où de nombreux croyants vivent des difficultés économiques, sociales et spirituelles, ce type de message trouve un terrain particulièrement fertile.
La « nouvelle arche » : une imitation troublante du récit biblique
L’élément le plus spectaculaire — et le plus inquiétant — de cette affaire demeure sans conteste la construction de plusieurs grandes structures en bois, présentées par Ebo Noah comme des « arches modernes ». Selon différentes sources et images diffusées en ligne, il existerait entre huit et dix de ces installations, érigées sous la supervision de son mouvement.
La référence au récit de Noé est assumée sans ambiguïté. Dans ses prêches, le prédicateur affirme que, tout comme Noé avait reçu l’ordre divin de bâtir une arche pour sauver l’humanité et les espèces animales, lui-même aurait reçu une mission similaire pour notre époque.
Des vidéos montrent des fidèles participant activement aux travaux, priant autour des structures, chantant des cantiques et proclamant leur foi dans la prophétie annoncée. Certains témoignages font état de familles entières ayant quitté leur domicile, rassemblant leurs effets personnels dans l’attente du jour fatidique.
Pour de nombreux observateurs chrétiens, cette mise en scène soulève de graves inquiétudes. La Bible ne présente jamais le salut comme dépendant d’une construction humaine contemporaine, encore moins conditionné à l’adhésion à un homme spécifique.
Des conditions d’accès qui interrogent la sincérité du message
Un autre aspect central de la controverse concerne les conditions exigées pour accéder à ces prétendues arches de salut. Contrairement au message biblique de la grâce, gratuit et accessible à tous par la foi en Christ, l’accès aux structures d’Ebo Noah serait soumis à plusieurs exigences :
- une adhésion totale et exclusive à son mouvement religieux,
- une participation financière destinée à soutenir la construction des arches,
- un engagement communautaire régulier autour de ses enseignements et rassemblements.
Ces conditions, largement relayées sur les réseaux sociaux, ont renforcé les accusations de manipulation et d’exploitation spirituelle. Plusieurs responsables chrétiens au Ghana et ailleurs ont dénoncé une instrumentalisation de la peur eschatologique à des fins de contrôle et de gain matériel.
L’apôtre Pierre mettait déjà en garde contre de telles pratiques :
« Dans leur cupidité, ils vous exploiteront au moyen de paroles trompeuses » (2 Pierre 2:3).
Le 25 décembre 2025 : une apocalypse qui n’a pas eu lieu
La date du 25 décembre 2025, choisie pour marquer le début du déluge, n’était pas anodine. Associée à la célébration de la naissance du Christ, elle renforçait la charge symbolique et émotionnelle de la prophétie.
Pourtant, ce jour-là, aucun cataclysme mondial n’a été observé. Pas de pluies diluviennes, pas d’effondrement planétaire, pas de signe surnaturel correspondant aux annonces alarmistes.
Face à l’évidence, Ebo Noah a publié une nouvelle déclaration vidéo affirmant que la catastrophe avait été « reportée ». Selon lui, Dieu aurait accordé un délai supplémentaire afin de permettre l’agrandissement des arches et l’accueil d’un plus grand nombre de personnes.
Cette justification, loin d’apaiser les tensions, a suscité une vague de réactions critiques, allant de la moquerie à la colère, en passant par une profonde inquiétude pour les fidèles les plus vulnérables.
Une stratégie déjà vue : le report comme mécanisme de contrôle
Pour les spécialistes des dérives sectaires et religieuses, le « report prophétique » est un mécanisme bien connu. Lorsqu’une prédiction échoue, le faux prophète ne reconnaît jamais son erreur. Il réinterprète l’événement, invoque la miséricorde divine ou un changement de plan céleste, maintenant ainsi son autorité sur ses adeptes.
L’histoire récente regorge d’exemples similaires :
- Harold Camping, prédicateur américain, avait annoncé la fin du monde pour le 21 mai 2011. Après l’échec de la prophétie, il évoqua une apocalypse « spirituelle invisible ».
- La secte des Davidiens, dans les années 1990 au Texas, s’est soldée par une tragédie meurtrière après une escalade apocalyptique.
- En Afrique, plusieurs mouvements pseudo-chrétiens ont entraîné des fidèles à vendre leurs biens ou à rompre avec leurs familles, sur la base de dates prophétiques précises.
Ces précédents rappellent que les conséquences de telles dérives peuvent être dramatiques.
L’enseignement clair et constant des Écritures
Face à ces phénomènes, la Bible offre des repères sans ambiguïté. Jésus lui-même a mis en garde ses disciples contre toute tentative de fixation de dates concernant la fin des temps :
« Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul » (Matthieu 24:36).
Plus encore, le Christ avertit que les derniers temps seraient marqués par une prolifération de faux prophètes capables de séduire par des signes impressionnants :
« Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes ; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus » (Matthieu 24:24).
L’apôtre Paul exhorte également les croyants à éprouver toute chose et à retenir ce qui est bon (1 Thessaloniciens 5:21).
Le danger spirituel des « révélations exclusives »
Un autre élément inquiétant dans le discours d’Ebo Noah réside dans l’idée qu’il serait le seul dépositaire d’une révélation salvatrice, conditionnant le salut à l’adhésion à sa personne et à son projet.
Or, le christianisme biblique repose sur une vérité fondamentale : la révélation de Dieu est pleinement donnée en Jésus-Christ. Toute prétendue révélation qui détourne les croyants de l’Évangile, de la croix et de la grâce doit être examinée avec la plus grande prudence.
L’apôtre Paul avertissait déjà :
« Quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème » (Galates 1:8).
La véritable arche : une personne, non une construction
Le récit de Noé, souvent invoqué par les faux prophètes, pointe en réalité vers une vérité spirituelle profonde : l’arche était un moyen temporaire, préparant l’humanité à une nouvelle alliance. Dans le Nouveau Testament, cette figure trouve son accomplissement en Christ.
Aujourd’hui, la véritable arche n’est pas faite de bois, de clous ou de plans humains. Elle est une personne : Jésus-Christ.
C’est en Lui que se trouve le salut, la sécurité et l’espérance éternelle.
« Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6).
Le rôle de l’Église face à ces dérives
L’affaire Ebo Noah interpelle l’Église dans son ensemble. Elle révèle la nécessité urgente :
- d’un enseignement biblique solide,
- d’un accompagnement pastoral des fidèles,
- d’une vigilance accrue face aux discours sensationnalistes,
- d’une éducation chrétienne adaptée à l’ère numérique.
Les réseaux sociaux, s’ils peuvent être de puissants outils d’évangélisation, deviennent aussi des vecteurs rapides de désinformation spirituelle.
Discernement, foi et espérance véritable
La « fausse arche » d’Ebo Noah n’est pas un simple fait divers religieux. Elle est le symptôme d’une confusion spirituelle plus large, où la peur de la fin des temps est exploitée au détriment de la vérité biblique.
En tant que chrétiens, nous sommes appelés non à céder à la panique, mais à demeurer fermes dans la foi, enracinés dans la Parole de Dieu et guidés par l’Esprit de vérité.
La fin des temps n’est pas un spectacle à monétiser ni une date à exploiter. Elle est une espérance vivante pour ceux qui marchent avec Christ.
✝️ La véritable arche demeure Jésus-Christ.
Et en Lui seul se trouve le salut, aujourd’hui comme pour l’éternité.


